Faire provision de douceur (3)


Voila déjà quelques jours que nous parlons de la douceur.

 

Nous avons expérimenté que nous pouvons nous approcher d'elle par un "collage" (ICI)

 

ou en allant chercher en nous certains de nos souvenirs (ICI)

 

C'était un paisible voyage. Mais voila, (je ne sais pas si c'est pareil pour vous)  moi j'ai une petite voix qui habite mes neurones et qui aime me donner son avis sur tout. Là, elle ne tient plus et ne peut pas s'empêcher de me dire:

 

"D'accord, c'est bien beau tout ça, mais à quoi ça sert ?

 

Ok, c'est sympa et ça peut faire du bien un petit moment, pour se détendre,

 

mais dans la vrai vie, ce n'est pas le monde des bisounours !"

 

 

 

Ce n'est pas toujours pertinent ce que me dit ma petite voix, mais là je veux bien entendre la question. Elle a du sens. Promis, je la garde pour un futur blog. 

 

Aujourd'hui je crois que nous avons besoin d'abord de faire provision de délicatesse, de bienveillance, de clarté, de "velouté", de gentillesse, de patience, de calme, d'harmonie.... (vous pouvez a jouter à cette liste tous ce que vous associez à la douceur)  afin d'avoir les provisions nécessaires pour aller plus loin dans notre exploration.

 

ALors aujourd'hui  je vous propose de prendre encore un peu le temps de faire provision de douceur.

 

 

 Le monde est plein de petites douceurs qui attendent patiemment que nos sens les contactent


Nos sens, des fenêtres sur le monde : nos yeux, notre nez, notre bouche, nos oreilles, notre peau sont de précieuses sentinelles

 

qui enregistrent des millions d'informations sur notre environnement et les transmettent à notre cerveau sous forme d'impulsions électriques.

 

Et là, dans notre tête, au terme d'un extraordinaire processus,

 

ces influx nerveux deviennent des impressions et des sensations pour nous offrir une image cohérente du monde.

 

Chacun de nos sens joue un rôle pour installer la douceur et le bien-être dans notre vie (Françoise Dorn - le temps de la douceur)


Petite visite guidée afin de vous donner envie d'expérimenter quelque chose de nouveau pour vous émerveiller des ressources de douceur qui sont là, dans notre environnement quotidien, n'attendant que notre attention.

 

Toucher : c'est le premier sens qui se développe in utero et, j'ai entendu dire, le dernier à disparaitre en fin de vie. Les scientifiques se sont penchés sur son rôle crucial dans le développement de l'enfant. Ils confirment la nécessité pour tous les petits mammifères d'être touchés, caressés pour laisser se déployer en eux la force de vie. Pourquoi ?  Un toucher doux diminue dans l'organisme la concentration en hormone du stress (cortisol) et augmente le travail du système immunitaire. Il provoque dans le corps la production d'ocytocine qui influence notre psychisme à créer des liens émotionnels sécures et des relations de confiance.

 

Voila une première piste

 

Et si, aujourd'hui, je me donnais comme challenge d'expérimenter quelque chose de nouveau dans le toucher, quelque chose dont je n'ai pas l'habitude pour voir ce que ça fait , comment mon corps le ressent et l'enregistre :

 

  • aller se promener dans la nature et prendre le temps de la toucher
  • regarder le matériel créatif dont je dispose, le toucher attentivement et choisir un médium pour faire un dessin spontané "douceur", figuratif ou non
  • se donner à soi-même une douceur nouvelle dans le toucher, par exemple en prenant le temps de soigner sa peau avec une crème
  • ou encore toucher une personne qui nous est proche (à condition bien sur de lui demander la permission) 
  • ...

Voir :      au milieu de tous les stimulis visuels qui nous entourent, nos yeux et nos neurones, travaillant ensemble, sont capables de sélectionner un type d'informations qui nous intéressent et de faire abstraction du reste.

 

Par exemple, si vous cherchez les fleurs dans un paysage vous ne prêterez pas attention aux personnes qui se déplacent dans ce paysage. Si à l'inverse, vous cherchez quelqu'un, vous ne remarquerez pas les fleurs.

 

Nous passons notre temps, souvent inconsciemment, à sélectionner ce que nous percevons de notre environnement en fonction de nos humeurs, de nos croyances ou de nos centres d'intérêt.

 

En écrivant ce blog je me souviens d'un livre "Une vie bouleversée", journal d'Etty Hillesum, jeune femme juive décédée dans un camp de concentration. Je n'ai plus le texte exact, mais voila le souvenir que j'en ai gardé : Enfermée derrière des grilles et des barbelés, ayant perdue toute liberté, elle focalise son attention sur la tache rouge d'un coquelicot dans le lointain, et alors, elle découvre en elle un espace intérieur qui ne peut être clos par aucune cloture.

 

Je vous propose aujourd'hui d'utiliser vos yeux, votre regard pour essayer de repérer l'harmonie, la lumière, la beauté... avec les yeux de la douceur de vivre ...... en étant attentif, comme pour le toucher, à la manière dont notre corps, nos émotions, et nos pensées interagissent avec cette focalisation de notre regard.

 

 

 

Entendre: 

 

« Entendre » Pour parler de ce troisième sens qu’est l’audition, je vous propose un extrait d’un article de Christophe André paru dans le numéro de décembre 2016 de la revue « Cerveau et Psycho »

 

Silence : vos neurones poussent

Une étude publiée en 2013 a montré que des souris adultes exposées à deux heures de silence par jour

développaient de nouvelles cellules dans l’hippocampe

(région du cerveau qui est associée notamment aux émotions, à la mémoire et à l’apprentissage),

alors que d’autres, exposées au bruit habituel, ne présentaient pas cet effet.

En revanche, l’exposition à la musique de Mozart entraînait elle aussi une neurogenèse hippocampale (…).

(…) Le silence suscite un sentiment d’apaisement chez la plupart des humains

(sauf chez les grands anxieux, qui ont constamment besoin d’un support attentionnel extérieur à leurs peurs).

Pourtant, il existe très peu d’études scientifiques sur ses bienfaits,

alors que celles sur les méfaits du bruit sont nombreuses :toujours le déséquilibre classique

entre psychologie positive et psychologie « négative »…

Alors que le silence est aussi ce qui donne du relief et de la beauté aux bruits de la vie et du monde.

Comme le jeu de la lumière et de l’ombre donne de la beauté aux formes et aux couleurs,

l’alternance de silence et de sons met ces derniers en valeur.

Ce qu’avait magnifiquement résumé le poète japonais Yone Noguchi :

« J’écoute le chant de l’oiseau non pour sa voix, mais pour le silence qui suit. »

 

Je ne suis pas sure que nous soyons capables de sentir nos neurones pousser lorsqu’ils sont baignés dans le silence ; pas dans un silence absolu, qui n’existe pas...  dans un silence habité de rumeurs lointaines, du bruit du vent et des feuillages, de quelques cris d’animaux.

Mais nous pouvons essayer de repérer quel est le bain sonore avec lequel nous sentons intuitivement, si nous sommes attentifs, que notre organisme interagit en douceur.

Je sais bien que la toile est pleine de propositions de musique « zen ». Ma proposition pour aujourd'hui est autre : Et si nous nous lancions le défi de trouver dans notre environnement quotidien des occasions de tels bains sonores afin de les cultiver ?

 

Sentir :

 L’odorat, j’avoue que je n’y faisais pas trop attention, sauf juste comme ça, en passant, lorsque passait sous mon nez un effluve un peu forte de parfum ou la … hum !!! …. délicieuse odeur d’un poulet rôti bien grillé ou d’un gâteau en train de cuire à l’heure du gouter.

Mais un jour une de mes amies m’a confié qu’elle ne sentait plus rien, qu’elle était privée de toutes sensations olfactives. Je ne me doutais même pas que cela pouvait arriver. Ces personnes « aveugles » des odeurs sont les « anosmiques » et elles sont beaucoup plus nombreuses que nous l’imaginons (environ 5% de la population). Ces personnes sont non seulement privées des sensations olfactives mais aussi des souvenirs de leur enfance car les odeurs réveillent des souvenirs souvent très anciens (certains chercheurs disent entre 4 et 11 ans). Souvenez-vous de la Madeleine de Proust ! Odorat et mémoire sont étroitement connectés dans le cerveau.

Sans les sensations olfactives des moments intimes perdent aussi de leur force. Imaginez une mère qui ne peut pas sentir son enfant. C’est une cause de dépression. D’autres chercheurs ont même montré que les personnes dépressives ont souvent un odorat moins développé que les personnes non dépressives

L’odorat peut s’entrainer. Nos cellules olfactives se renouvellent.

Pourquoi, pour prendre soin de nous-mêmes,

ne pas essayer de temps en temps de porter tout particulièrement notre attention sur les odeurs qui nous entourent.

Peut-être l’une d’elle fera-t-elle resurgir une image, un souvenir d’enfance ?

Peut-être le monde nous apparaitra-t-il un peu différent, plus dense ?

Non seulement des images et des sons (comme au cinéma), mais aussi un bain d'odeurs !

Fermez les yeux, essayez ?

Chaque fois que vous mettez votre attention sur l'odeur des choses, vous musclez les capacités de votre mémoire émotionnelle.

(Et n'hésitez pas à partager si dessous votre expérience  en m'envoyant un mail : genevieve.blaise@sfr.fr)

 

Gouter :

Nous ne pouvons gouter que 4 saveurs de base : le sucré, l’acide, l’amer et le salé. Mais ce que nous appelons « gouter » est en fait une expérience sensorielle à multiples facettes qui sollicite tous les autres sens. Imaginez manger un aliment sans voir sa forme et sa couleur, sans sentir son odeur, sans reconnaitre sa texture, son craquant ou son fondant et sans entendre aucun bruit en le mangeant…. Drôle d’expérience qui vous empêcherait sans doute de reconnaitre ce que vous êtes en train de manger !

Comment clore cette exploration de notre capacité à faire provision de douceur par nos cinq sens,

peut-être tout simplement en prenant le temps de manger un aliment que nous savons bon pour nous (histoire de mettre de la douceur dans la manière de prendre soin de notre corps),

une pomme, un fruit sec ….

De le manger en pleine conscience, lentement et en faisant attention aux informations que nous fournissent tous nos sens …

puis,  si vous voulez partager quelque chose, écrire un Haïku sur votre expérience.

 


 Les haïkus sont de courts poèmes de 3 vers qui utilisent le langage sensoriel pour capturer une émotion ou une image. Ils sont le plus souvent inspirés par un élément naturel, un moment de beauté ou une expérience poignante. Par exemple :

 

Dans l'attente de la joie

il y a déjà

de la lumière


 

 

Du fond des abimes

jusqu'en haut des montagnes :

un signe