De la douceur dans notre rapport au temps

7h43. « Prenez garde à la fermeture des portières ! Le TGV numéro 7856 en direction de Dijon-ville va partir. Attention au départ ! »

 

Dans ma tête le planning de ma journée se déroule, je visualise rapidement tous mes rendez-vous qui vont se succéder jusqu’au moment où, enfin, ce soir, je pourrai me laisser tomber dans mon canapé avec un tasse de thé. Mais avant, j’ai 2h55 exactement pour écrire le prochain article que je désire poster sur mon blog.

 

Je veux continuer à explorer la notion de « douceur ». Après une première étape pour expérimenter comment les images peuvent générer en nous une ambiance de douceur, une deuxième étape à la recherche de nos « Madeleines de Proust » de la douceur, puis une troisième pour apprendre à utiliser nos sens pour nous recharger en douceur quand nous en avons besoin, le thème de cette prochaine étape s’est imposé à moi depuis quelques jours déjà : le temps, où plutôt notre relation au temps.

 

L’année dernière, je ne me sortais de tout ce que je devais faire qu’en accumulant les fameuses To do lists, listes des tâches à accomplir qui permettent de ne jamais laisser une minute de son temps inoccupée.

 

Cela s’est soldé pour moi par un état de pré burn- out. Je ne pense pas que ce soit là la conséquence la plus grave de cette pression continue. Je crois que la conséquence la plus grave est ailleurs.

 

Mais plutôt que de me poser la question de ce que je perds dans cette pression continue, je préfère me demander ce que je gagnerais si j’étais en capacité, à nouveau, de dégager du temps flottant, non assigné à une tâche précise et sans efficacité quantifiable, sans performance, simplement du temps de vie ?

 

J’ai l’intuition que ce que je gagnerais à un goût d’essentiel, de vital

 

Me voilà donc dans le TGV, prête à sortir mon ordinateur pour écrire cet article de la manière dont je l’ai planifié en rassemblant à l’avance dans un fichier toutes sortes de matériaux intellectuels pour construire une pensée sur notre rapport au temps. Je cherche la prise pour le brancher…. Pas de prise… Bon, pas de panique ! Le TGV n’est pas plein, je vais bien trouver une autre place avec de quoi alimenter mon ordinateur…. Au pire, je m’installerai près des toilettes, il y a toujours une prise de courant près des toilettes ! Mais j’ai beau chercher, rien, rien, rien. Ah, il me reste une option, la voiture-bar. « ... Cruiii... bziee ...En raison d’un arrêt de travail du personnel navigant, exceptionnellement la voiture-bar ne sera pas ouverte dans ce TGV ! »

 

Au lieu du travail intellectuel que j’avais prévu, me voilà donc avec du temps flottant, du temps disponible, une parenthèse de temps de vie à explorer. Je ne peux m’empêcher d’y reconnaître un clin d’œil de la providence, comme si elle cherchait à me dire :  La douceur dans le rapport au temps, elle s’expérimente avant de se réfléchir.

 

Voilà donc ce que j’ai envie d’explorer avec vous aujourd’hui.

 

La manière la plus directe de l’explorer, c’est …. de décider de ne rien faire pendant disons, 5 mn, assis à l’endroit où vous êtes actuellement.

 

Alors ! Difficile de trouver en nous le bouton « Pause » ! Ce n’est pas étonnant, cette fonction n’existe pas. Notre cerveau ne sait pas se mettre au repos. Il ressemble plutôt à un moulin qui tourne sans fin pour transformer en farine le grain que nous lui donnons à moudre. Bon grain, bonne farine ! mauvais grain, mauvaise farine ! Nous ne pouvons pas empêcher notre moulin de tourner, mais nous pouvons choisir le grain que nous lui donnons à moudre. 

 Première piste : faire provision de grains à moudre

 

Comme moi, il vous arrive sans doute de vous dire lorsque vous lisez un livre ou une revue, ou lorsque vous entendez une personne parler, de vous dire : "Tiens, c'est intéressant !".

 

Mais tout va vite, la petite phrase que vous avez repérée est déjà loin dans le passé et elle s'efface de votre mémoire immédiate.

 

Et si vous attrapiez au vol ce qui attire ainsi fugitivement votre attention !

 

Moi, j'ai pris l'habitude d'avoir toujours avec moi un petit carnet sur lequel j'en garde la trace. C'est ma manière d'appuyer sur <pause> de temps en temps, chaque fois qu'il me semble que je croise une petite étincelle d'essentiel. Ces phrases me servent ensuite de déclencheur créatif qui m'ouvre à d'autres espaces, du plus large, du plus profond, du plus haut...

 

Voici quelques phrases sur le temps glanées au fil de mes lectures et inscrites dans mon carnet. Ce sera l'aliment de mon moulin pendant la durée du trajet :

 

  • Notre univers et pleins d’horloges, d’équations et de sciences, autant que de rêves, de souvenirs et de rires (Jimena Canales – Historienne des Sciences – « The Physicist and the Philosopher : Einstein, Bergson and the debate that change our understanding of time »)
  • Sur le chemin, l’inconnu étend son immensité devant vous, vous ne pourrez le découvrir qu’à condition d’avancer, de mettre un pied devant l’autre. Une fois en mouvement, la route de déroulera d’elle-même. Guidé par la carte de votre désir et le compas de votre âme, vos pieds sauront où aller.
  • Prends le temps, la nature ne connait pas l’empressement. Entrer en contact avec elle demande du temps, de la patience et de l’attention. Comment entendre quand le vacarme incessant de notre époque moderne est encore présente à nos tympans.
  • Il manque donc un mot pour désigner l’oisiveté positive, celle qui permet à l’esprit, dit Montaigne, de s’entretenir lui-même, s’arrêter et se retirer en lui-même. (Olivier Postel-Vinay, Revue : Books, les idées qui changent le monde, Mars 2016)
  • Ambivalence de notre rapport au temps : contrainte voire violence lorsqu’il s’accélère et ne correspond plus à notre rythme biologique, mais aussi consolation et élément structurant.

 

 Le temps est une réalité tellement complexe qu'il n'y a pas de manière univoque d'en parler.

 


 

La vérité est comme un arbre couvert de gouttes de rosée :

 Chaque goutte reflète

 un fragment différent de ce qui l’entoure.

 Dans chaque goutte, l’image diffère très légèrement

 Et pourtant,

 elles ont toute raison

 car elles reflètent chacune ce qu’elles voient.

Ensemble, elles forment l’image complète.


Deuxième piste : Temps de l'histoire ? Temps suspendu au-dessus de l'histoire ?

 

Certaines fois, nous avons pleinement conscience du temps qui passe, par exemple lorsque nous attendons une personne qui est en retard. D'autres fois, nous sommes tellement plongés dans ce que nous faisons que nous sommes incapables, sans montre, d'évaluer le temps écoulé depuis la dernière fois où nous avons regardé l'heure.

 

Certaines activités créatrices ont cet effet là en m'emmenant avec douceur, sans effort et sans fatigue vers de nouvelles contrées.

 

Je vous en propose une aujourd'hui, pleine de poésie. Elle est n'est pas en français mais les images parlent d'elles-mêmes.

 

Elle est proposée sur le web : ICI