Qu'est-ce qui motive le geste du jeu, de la danse, de la poésie, de la peinture ?

Est-ce la volonté de laisser une trace de son passage ?

Est-ce le désir de laisser advenir ce qui est là et permettre  à un invisible - que l'on pressent derrière le visible, le limité, le contingent - de se manifester?
Gestes posés alors comme une réponse, un acquiescement à un appel du réel, comme médiation d'un dialogue avec ce réel dans une relation qui se cherche, s'établit, se perd, se retrouve, se découvre...
Une illustration sous forme de conte.. qui parle de la démarche du Journal créatif®


Il était une fois… un petit jardin caché derrière une porte cochère entrouverte.

 

Il était une fois … un homme, un chevalet et une toile sous le bras, quelques pinceaux et tubes de peinture dans l’autre bras.

 

Il arriva que l’homme passa devant une porte cochère entrouverte, s’arrêta, curieux, regarda et alors …

 

Alors apparait un petit jardin, un arbre, des fleurs, un abri pour le jardinier, des rangs de légumes bien rangés... tout cela impressionne sa rétine et se transmet à tout son être. L’homme ressent une impression étrange au fond de lui. Calme, refuge, lumière… des mots pour la décrire, pour en parler, il n’en trouve pas. Et pourtant, il se sent vivant, heureux d’avoir reçu cette vision comme un cadeau imprévu, inattendu. Il lui semble que ce jardin l’attire et lui parle.

 

L’homme installe son chevalet, y pose sa toile, prépare ses pinceaux et ses couleurs. Il peint l’abri, positionne les angles et les perspectives. Il essaie de reproduire l’arbre, la position exacte des branches, la répartition des feuilles. La couleur des fleurs lui semble intéressante. Il les juxtapose, les ajuste, force un peu leurs couleurs pour essayer de dynamiser son tableau. Son « œuvre » prend forme dans sa tête, il l’imagine, pense la maîtriser. En traçant les rangs de légumes bien sages, bien alignés les uns à côté des autres, il laisse sa pensée s’évader… Ah, si ma vie était aussi droite, si j’étais capable de cette fidélité, de cette patiente persévérance… alors sûrement ma vie serait autre. Je serais plus reconnu. Je pourrais faire du bien autour de moi ! Sa pensée s’envole, facile. Il s’échauffe intérieurement, se passionne pour cette vie imaginaire, ses gestes deviennent excessifs, nerveux, puis… soudain il trouve le temps long, il s’ennuie. Alors il s’arrête, se recule… et… et…rien ! Cette toile est muette. C’est un abri de jardin comme tous les abris de jardin, un arbre comme tous les arbres, des fleurs comme toutes les fleurs, mais ni l’abri, ni l’arbre, ni les fleurs qu’il avait entendu l’appeler, lui parler. L’homme est déçu, triste, se sent seul au milieu de la foule qui passe devant la porte cochère. Pourtant le petit jardin est toujours là, le petit jardin l’appelle toujours et, lorsqu’il le regarde quelque chose se remet à lui parler.

 

Ii reprend ses pinceaux, de la peinture claire et recouvre sa toile. Ce n’est plus tout à fait une toile vierge. Elle garde comme en creux, comme en souvenir, la trace de ce qu’il vient de vivre mais elle lui propose à nouveau un espace ouvert, libre pour se remettre à l’écoute et réessayer.

 

 

 

L’homme décide de tenter quelque chose. Il s’installe la tête en bas et regarde le petit jardin à l’envers. Son œil ne reconnaît plus rien, ni l’abri, ni l’arbre, ni les fleurs. Son regard voit un contraste que sa main transcrit sur la toile, une couleur qui vibre dans les rayons du soleil et son œil sent cette chaleur lorsqu’il choisit la couleur à poser, une ligne dont il ressent jusqu’au fond de lui la puissance, et alors tout son corps transmet au pinceau cette force qui l’habite.

 

Il ne se rend pas compte du temps qui passe, il vit, il est heureux.

 

Puis c’est fini. Il se redresse. Sa toile est là. Il la retourne, il la regarde, il s’étonne, il se sent en connivence avec elle. Il la compare avec le petit jardin. Elle ne lui ressemble pas vraiment, et pourtant, c’est bien elle.

 

Un homme qui marche au milieu de la foule s’arrête, regarde la toile. Pas de mots entre eux. Un regard qui en accroche un autre et l’entraîne vers le petit jardin. Un petit sourire à peine ébauché comme un pas de danse à peine esquissé. Un oiseau dans le fond du jardin accroche dans l’air une note de musique qui s’accorde à la musique des cœurs.